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Peut-on terraformer Mars ?

Pas avec la technologie actuelle — voilà la réponse courte et honnête. En théorie, une planète plus chaude dotée d’une atmosphère plus dense pourrait être bâtie sur des siècles, voire des millénaires, mais la meilleure science actuelle affirme que ni les matières premières ni les outils pour y parvenir n’existent encore. Ce décryptage parcourt ce que signifierait la terraformation, pourquoi Mars est même un candidat, les obstacles physiques, les méthodes proposées et combien de temps tout cela pourrait prendre.

Mis à jour: 10 juillet 2026 · Décryptage

La calotte polaire nord de Mars, faite de glace d'eau stratifiée, vue depuis l'orbite
La calotte glaciaire polaire nord de Mars — l'eau et le CO₂ gelés avec lesquels tout projet de réchauffement de la planète devrait composer. NASA/JPL-Caltech/MSSS
Sommaire
  1. La réponse rapide
  2. Ce que signifie la terraformation
  3. Pourquoi Mars est même un candidat
  4. Le problème de fond : pas assez de CO₂
  5. Et l’atmosphère s’échapperait
  6. Les méthodes proposées
  7. La voie réaliste à court terme : dômes et paraterraformation
  8. Combien de temps cela prendrait-il
  9. Questions fréquentes
  10. Sources

01La réponse rapide

Non — pas encore
possible avec la technologie actuelle
~0,6% de celle de la Terre
pression de surface actuelle de Mars
~95% de CO₂
composition de la mince atmosphère
des siècles ou plus
délai même dans les plans optimistes

Terraformer Mars — remodeler son climat et son air jusqu’à ce que l’on puisse un jour y vivre sans combinaison ni habitat étanche — n’est pas réalisable avec la technologie actuelle. En théorie, un monde plus chaud, doté d’une atmosphère plus dense et d’une eau liquide stable, pourrait se construire sur des siècles, voire des millénaires. Mais de grands obstacles demeurent : il y a bien trop peu de dioxyde de carbone accessible pour réchauffer la planète, Mars continue de perdre son atmosphère dans l’espace, et rendre l’air réellement respirable est un problème à part, plus difficile que tout le reste réuni.

02Ce que signifie la terraformation

La terraformation, c’est l’ingénierie délibérée et à grande échelle du climat et de l’atmosphère d’une planète vers des conditions habitables proches de celles de la Terre. Pour Mars, cela suppose plusieurs objectifs liés : réchauffer la surface, épaissir l’atmosphère assez pour élever la pression, rendre l’eau liquide stable à l’air libre et — l’étape la plus difficile de toutes — finir par produire une atmosphère qu’un être humain pourrait respirer.

Il importe de séparer les objectifs. Une atmosphère plus chaude et plus dense resterait majoritairement du dioxyde de carbone : suffisant pour l’eau liquide et les plantes sous pression, mais pas pour des humains sans appareil respiratoire. Une atmosphère véritablement respirable et riche en oxygène est un objectif bien plus lointain. L’essentiel des discussions sérieuses porte sur le premier objectif ; le second tient davantage de la science-fiction que de l’ingénierie.

03Pourquoi Mars est même un candidat

Mars vue depuis l'orbite, avec le canyon de Valles Marineris s'étirant sur tout le disque
Mars depuis l'orbite. Une journée de près de 24 heures, de la glace polaire et des traces d'eau passée expliquent pourquoi c'est la seule planète dont on envisage sérieusement la terraformation. NASA/JPL/USGS

Mars est le seul monde proche dont on discute sérieusement la terraformation, et pour de bonnes raisons. Il y a des milliards d’années, elle était plus chaude et plus humide, avec des rivières, des lacs et peut-être une mer peu profonde — les lits asséchés et les minéraux argileux sont encore là pour en témoigner. Elle n’a pas perdu toute son eau : d’importantes réserves subsistent sous forme de glace aux pôles et enfouies dans le sous-sol, aux côtés de dioxyde de carbone gelé. Et son jour dure environ 24,6 heures, étonnamment proche de celui de la Terre, si bien qu’une Mars terraformée conserverait un rythme jour-nuit familier.

Rien de tout cela ne rend la terraformation facile — cela fait de Mars la cible la moins impossible. Vénus est bien trop chaude et son atmosphère écrasante de densité ; la Lune n’a presque aucun composé volatil avec lequel travailler. Mars possède au moins les ingrédients bruts d’un monde autrefois habitable, et c’est pourquoi la question ne cesse de revenir.

04Le problème de fond : pas assez de CO₂

Le plus grand obstacle, de loin, est que Mars ne renferme tout simplement pas assez de dioxyde de carbone pour se réchauffer elle-même. L’idée qui sous-tend la plupart des schémas de réchauffement est une boucle de rétroaction : libérer du CO₂, piéger plus de chaleur, faire fondre davantage de glace de CO₂, libérer plus de gaz. Cela ne marche que s’il y a assez de gaz enfermé au départ — et ce n’est pas le cas.

L’étude de référence est celle de Bruce Jakosky et Christopher Edwards, publiée dans Nature Astronomy en 2018. Ils ont inventorié chaque réservoir accessible de CO₂ — les calottes polaires, le gaz adsorbé dans la poussière et le carbone piégé dans les minéraux — et calculé que mobiliser l’ensemble ne porterait la pression de surface qu’à environ 7% des quelque 1 bar nécessaires pour réchauffer Mars assez pour que l’eau liquide soit stable. Leur conclusion était sans détour : terraformer Mars n’est pas possible avec la technologie actuelle.

Pour donner une idée, la pression de surface actuelle de Mars n’est que d’environ 6–7 mbar — moins de 1% des quelque 1013 mbar de la Terre — et cette mince atmosphère est composée à 95% de dioxyde de carbone. Libérer même tout ce que Mars possède la laisserait très loin d’un monde respirable et semblable à la Terre.

Le verdict scientifique

À partir de l’inventaire du CO₂ accessible, la science actuelle conclut que terraformer Mars — la réchauffer et épaissir son atmosphère assez pour l’eau liquide et, à terme, pour un air respirable — n’est pas possible avec la technologie actuelle. Il n’y a pas assez de dioxyde de carbone pour y parvenir, ni aucun moyen connu d’en libérer beaucoup plus.

05Et l’atmosphère s’échapperait

Un coucher de soleil aux teintes bleutées sur les collines de Mars, photographié par le rover Curiosity
Coucher de soleil dans le cratère Gale. L'atmosphère de Mars est déjà à peine 1% aussi dense que celle de la Terre — cette ténuité est précisément ce qui rend si difficile de conserver une nouvelle atmosphère épaisse. NASA/JPL-Caltech/MSSS/Texas A&M Univ.

Même si l’on parvenait d’une manière ou d’une autre à bâtir une atmosphère plus dense, Mars la perdrait de nouveau peu à peu — le même processus qui a d’abord dépouillé la planète. Mars a perdu son champ magnétique global il y a environ 4 milliards d’années. Sans ce bouclier, le vent solaire a régulièrement érodé la majeure partie de son atmosphère vers l’espace au fil des ères suivantes. L’orbiteur MAVEN de la NASA a mesuré cette perte directement, confirmant comment les particules du Soleil emportent le gaz martien.

Deux choses rendent Mars particulièrement sujette aux fuites : sa gravité n’est que de 0,38 g, si bien qu’elle retient le gaz mollement, et elle n’a toujours pas de champ magnétique global pour dévier le vent solaire. La bonne nouvelle est que cette perte se joue sur des échelles de temps très longues — une atmosphère fabriquée ne s’évanouirait pas du jour au lendemain —, mais cela signifie que la terraformation n’est pas une tâche ponctuelle. Toute atmosphère dense devrait être réalimentée ou activement protégée, pour ainsi dire à jamais.

06Les méthodes proposées

Au fil des décennies, toute une gamme de méthodes de terraformation a été proposée, du semi-plausible au franchement spéculatif. Il vaut la peine de les mettre côte à côte — et d’être honnête sur l’endroit où chacune se heurte à la physique, à l’échelle ou au déficit de CO₂ évoqué plus haut. Aucune n’est près d’être réalisable aujourd’hui.

MéthodeL’idéeRetour à la réalité
Libérer le CO₂ des pôles et du régolitheRéchauffer les pôles pour déclencher une boucle de rétroaction emballée qui épaissit l’air.Limitée — il y a tout simplement trop peu de CO₂ accessible (Jakosky et Edwards, 2018).
Gaz à super-effet de serreConstruire des usines émettant des gaz de type PFC/CFC pour réchauffer l’atmosphère.Lente ; exige une industrie vaste et soutenue ; les gaz se dégradent et doivent être renouvelés.
Miroirs orbitaux géantsRéfléchir un surplus de lumière solaire sur les calottes polaires pour vaporiser la glace.Ingénierie colossale et non éprouvée — des miroirs bien plus grands que tout ce qui a jamais été construit.
Détonations nucléaires au-dessus des pôlesL’idée provocatrice d’Elon Musk : vaporiser rapidement la glace de CO₂ polaire à coups d’explosions nucléaires.Les scientifiques affirment qu’il n’y a pas assez de glace de CO₂ pour que cela compte — et le risque de retombées radioactives est grave.
Importer des composés volatilsDétourner des comètes et astéroïdes riches en ammoniac ou en eau pour qu’ils percutent Mars et y apportent gaz et eau.Échelle extrême, dangereuse et hautement spéculative — bien au-delà de toute capacité actuelle.
Magnétosphère artificielle au point L1Placer un bouclier magnétique au point L1 Mars–Soleil pour protéger une atmosphère reconstituée (un concept avancé en 2017 par Jim Green, de la NASA).Purement conceptuelle — une idée intrigante sans voie de réalisation.

07La voie réaliste à court terme : dômes et paraterraformation

Si terraformer une planète entière est hors de portée, la version réaliste à court terme est bien plus modeste : non pas refaire Mars, mais bâtir des poches closes et pressurisées d’espace habitable. On parle parfois de paraterraformation — sceller et réchauffer l’intérieur de dômes et d’habitats plutôt que la surface à l’air libre. C’est la même logique que celle des premières bases martiennes, élargie progressivement.

Il y a même ici une piste scientifique prometteuse. Une étude de 2019 menée par Harvard, de Robin Wordsworth et ses collègues, a montré qu’une couche d’aérogel de silice de seulement 2–3 cm d’épaisseur pourrait réchauffer le sol qu’elle recouvre au-dessus du point de fusion de l’eau tout en bloquant le rayonnement ultraviolet nocif — une sorte de serre à l’état solide. Cela ne terraformerait pas Mars, mais indique un moyen de rendre habitables pour les plantes de petites zones localisées de la surface sous un bouclier translucide.

08Combien de temps cela prendrait-il

Toute réponse est une estimation, et l’éventail est immense. Des défenseurs comme Robert Zubrin et le planétologue Christopher McKay ont soutenu que l’amorce d’une atmosphère plus chaude et plus dense pourrait se faire dans des délais optimistes de siècles. À l’autre bout, les estimations pour une atmosphère naturellement respirable et riche en oxygène atteignent environ 100 000 ans. La plupart des chercheurs considèrent la terraformation complète, au mieux, comme un projet de plusieurs siècles à plusieurs millénaires — et, vu le déficit de CO₂, probablement pas réalisable du tout avec quoi que ce soit d’approchant la technologie actuelle.

Et rendre l’air respirable est une étape distincte et bien plus difficile. Réchauffer Mars est une chose ; remplir son atmosphère d’oxygène libre en est une tout autre. Sur Terre, il a fallu à la biologie des milliards d’années pour édifier une atmosphère riche en oxygène, et nous ne connaissons aucun raccourci. Une Mars terraformée mais encore au CO₂, où des cultures pousseraient sous des dômes, est concevable en principe ; une Mars à l’air libre où une personne respire librement n’est à aucun horizon d’ingénierie crédible.

La question éthique

Il existe aussi une raison de prudence au-delà de l’ingénierie. S’il existe une vie microbienne martienne indigène — ne serait-ce que des traces fossiles —, une campagne de terraformation pourrait la détruire avant même qu’elle soit trouvée et étudiée. C’est le souci qui sous-tend la protection planétaire : nous n’aurons peut-être qu’une seule chance de savoir si Mars a eu sa propre biologie, et remodeler la planète y renoncerait.

09Questions fréquentes

Peut-on terraformer Mars aujourd’hui ?

Non. La science actuelle conclut que terraformer Mars n’est pas possible avec la technologie actuelle : il n’y a pas assez de dioxyde de carbone accessible pour réchauffer la planète, ni aucun moyen connu d’en libérer beaucoup plus.

Y a-t-il assez de CO₂ sur Mars pour la réchauffer ?

Non. L’étude de Jakosky et Edwards de 2018 a établi que mobiliser tout le CO₂ accessible — calottes polaires, poussière et minéraux — ne porterait la pression qu’à environ 7% des quelque 1 bar nécessaires à une eau liquide stable.

Pourquoi Mars a-t-elle perdu son atmosphère ?

Mars a perdu son champ magnétique global il y a environ 4 milliards d’années. Sans ce bouclier, le vent solaire a arraché la majeure partie de son atmosphère vers l’espace au fil de milliards d’années — un processus que la mission MAVEN de la NASA a mesuré directement.

Pourrait-on bombarder les pôles à l’arme nucléaire pour réchauffer Mars — l’idée d’Elon Musk fonctionne-t-elle ?

Elon Musk a suggéré de façon provocatrice de faire exploser des armes nucléaires au-dessus des pôles pour vaporiser rapidement la glace de CO₂. Les scientifiques soulignent qu’il n’y a pas assez de glace de CO₂ pour que cela change quoi que ce soit de significatif, si bien que l’idée ne permet pas la terraformation.

Combien de temps prendrait la terraformation de Mars ?

Les estimations vont de siècles optimistes (des défenseurs comme Robert Zubrin et Christopher McKay) à environ 100 000 ans pour une atmosphère naturellement respirable. La plupart des chercheurs considèrent la terraformation complète, au mieux, comme un projet de plusieurs siècles à millénaires.

Que sont les miroirs orbitaux et les gaz à super-effet de serre ?

Les deux sont des méthodes de réchauffement proposées. Des miroirs orbitaux géants réfléchiraient la lumière solaire sur les pôles pour vaporiser la glace ; des gaz à super-effet de serre (de type PFC/CFC) seraient fabriqués pour piéger la chaleur. Les deux exigent une industrie colossale et non éprouvée et restent des concepts, pas des capacités.

Qu’est-ce que la paraterraformation — pourrait-on simplement construire des dômes ?

La paraterraformation consiste à sceller et réchauffer des habitats et des dômes clos plutôt que la planète entière. C’est la voie réaliste à court terme : des poches pressurisées d’espace habitable qui s’étendent avec le temps, non un monde refait.

Une nouvelle atmosphère resterait-elle, ou s’échapperait-elle ?

Elle s’échapperait lentement. Avec seulement 0,38 g de gravité et sans champ magnétique global, Mars continue de perdre du gaz sous l’effet du vent solaire. La perte est lente, mais toute atmosphère dense devrait être réalimentée ou activement protégée indéfiniment.

Mars pourrait-elle un jour avoir un air respirable ?

Produire une atmosphère riche en oxygène et respirable est une étape distincte et bien plus difficile que réchauffer Mars. Sur Terre, il a fallu à la biologie des milliards d’années pour en bâtir une. Cela n’est à aucun horizon d’ingénierie crédible.

Est-il éthique de terraformer Mars ?

Cela soulève de vraies préoccupations. S’il existe une vie microbienne martienne indigène, la terraformation pourrait la détruire avant qu’elle soit étudiée. C’est le raisonnement derrière la protection planétaire — nous n’aurons peut-être qu’une seule chance de savoir si Mars a eu sa propre biologie.

Quelqu’un a-t-il commencé à terraformer Mars ?

Non. Aucune terraformation n’a commencé, et aucun projet n’est prévu. Le travail actuel consiste en une exploration robotique et une planification précoce de missions habitées et de petits habitats étanches — pas en une ingénierie climatique à l’échelle planétaire.

Des humains vivront-ils sur une Mars terraformée de notre vivant ?

Presque certainement pas. La terraformation, si tant est qu’elle soit possible, est une affaire de siècles à millénaires. Des gens vivront peut-être sur Mars dès ce siècle — mais à l’intérieur d’habitats et de dômes étanches, sur une planète inchangée, non sur une planète terraformée à l’air libre.

Pourquoi la cible est-elle Mars plutôt qu’une autre planète ?

Mars fut autrefois plus chaude et plus humide, renferme encore de la glace d’eau et du CO₂ gelé, et connaît un jour d’environ 24,6 heures. Vénus est bien trop chaude et dense ; la Lune manque des composés volatils. Mars est le candidat le moins impossible, pas un candidat facile.

10Sources